Katanga : Moba, vendredi 5 mai 2006
« Moba » est constitué de deux villes : Moba Port sur le lac Tanganyika et Kirungu situé à une petite dizaine de kilomètres, mais en haut d’un escarpement, environ 500 mètres plus haut que le lac.
Moba Port est un gros village maintenant paisible, qui a déjà vu pas mal de choses se passer. Situé en face de la Tanzanie, il a du voir des chercheurs d’esclaves arabes qui venaient faire leur razzia dans ces régions. Il a ensuite sûrement recueillis des rescapés allemands lors des quelques batailles navales qui eurent lieux sur les eaux du lac lors de la grande guerre de 14-18. Puis, mêlé aux commerçants arabes et somaliens (encore présents en petits nombre) sont venus les colons belge. Au cours de l’histoire, les pêcheurs ont mis au point des embarcations à voile latine et assurent depuis lors un complément diététique et une source de revenus avec la vente de poissons séchés. Ils partent le soir et reviennent le matin. Sur la grève, pendant que les enfants jouent et se baignent, les menuisiers réparent les coques des embarcations en bois avec de outils rudimentaires ; du coton servira d’étoupe entre les planches, les joints étant ensuite recouverts de goudron.
Une rue principale s’étend paresseusement parallèle au lac, bordés de magasin couvert épisodiquement de chaux. Cette chaux, au fil des ans se terni d’abord puis avec les pluies la moisissure fait son apparition lui donnant une allure gris-noir terne. Ils ont cette allure typique de bâtisses qu’on retrouve dans l’Afrique de l’Est, mélange d’influences arabes, indiennes avec un tout petit zeste colonial. Des devantures faites de grandes portes (qui servent de vitrines) de façon à ce que la marchandise puisse être visible en passant, des toitures s’avançant pour protéger des pluies les murs des pluies tropicales et sur la zone situé au dessus des toitures, face à la rue des ornementations plus ou moins élaborées. Sur les cotés des bâtiments, les murs sont invariablement terminés en « escalier » pour suivre la pente du toit qui s’abaisse vers l’arrière du bâtiment. Les étals et magasins sont relativement bien achalandés de marchandises transitant par la Tanzanie toute proche dont nous distinguons d’ailleurs clairement les montagnes en face.
Le long de la rue, des palmiers côtoient des manguiers et quelques autres touffes de couleurs, plantés par le destin ou la perspicacité de quelques officiels coloniaux. Poules, canards et chèvres se disputent les nombreux détritus vu que la circulation motorisée est très faible : le carburant coûte cher ! Quelques motos, maintenant ce sont des copies coréennes et chinoises qui remplacent graduellement les Honda et Yamaha japonaise, vont et viennent en klaxonnant pour se faire un chemin. Les flaques d’eau sont soigneusement évitées par les hommes et les animaux. Près de la zone du « marché » de nombreux étals débordent sur la route, recouverts des 1001 choses de tous les jours : savon, dentifrices, bols, assiettes, stylo et cahiers. La mode n’est pas oubliée avec de nombreux marchands de pagnes traditionnels, bigarrés et multicolores mais aussi des vendeurs de « friperies » d’occasions qui arrivent d’Europe et des USA. N’oublions pas en passant, les petites gargotes, les salons de coiffure et petites officines de pharmacies
A une extrémité de cette grand-rue se trouve « le port ». Des entrepôts de l’époque coloniale il ne reste que les murs, mais la jetée en béton renforcé plus tard de quelques pieux métalliques résiste vaillamment aux assauts des vagues. Sur la jetée, une grue à vapeur résiste au temps et à la rouille, sa plaque de fabrication date de1929 !
Des militaires et des policiers ce sont stratégiquement placés à l’entrée de la jetée et rançonnent à qui mieux le passage obligé des passagers vers les quelques bateaux à quai. Une grosse embarcation en bois attend sa cargaison, j’imagine environ 16 tonnes (on cultive du maïs, des haricots et des pommes de terre dans la région). Le marinier et son mécanicien sont allongés sous une bâche, près de leur moteur hors-bord de 50 CV. Le départ n’est pas pour tout de suite, autant se reposer ! Plus loin, un bateau en acier qui doit dater des années 60, il doit faire 25 mètres de long avec une petite superstructure au centre et le poste de pilotage. Les cales avant et arrière ont déjà été chargées et maintenant c’est au tour des passagers de s’entasser comme des mouches sur chaque petit morceau de coque encore libre. Des marchands ambulants viennent vendre les dernières provisions de voyage, tout cela dans une bonne ambiance de sortie d’école.
Remontons l’escarpement et nous passons d’abord devant le « Territoire », le bâtiment de l’Administrateur du Territoire et de ses fonctionnaires. Les tuiles de l’époque coloniale ont été remplacées ça et là par des tôles ondulées et la peinture n’est pas toute fraîche…Situé sur un monticule, la vue est splendide sur Moba Port et sa baie entourée de deux cotés par des montagnes s’avançant sur le lac, un paysage de carte postale ! A coté, sur un bâtiment sans toi, sans fenêtres, sans portes, on distingue encore le signe : Poste
Quelques kilomètres plus loin, la montée cesse, nous arrivons sur le plateau et sur Kirungu. Les prêtres blancs de l’époque savaient reconnaître un bon site et on donc choisis cette région pour établir une impressionnant évêché. En remontant la route, sur la gauche ce trouve un série de bâtiments de grandes tailles qui formaient « le grand séminaire » de l’époque, reconverti en école secondaire. Le village de Kirungu s’étend ensuite sur le plateau dans un habitat dispersé vu l’abondance de terrain et la faible densité de la population.
Après quelques bifurcations, nous arrivons à l’évêché. La route qui nous y conduit est bordée de palmiers centenaires, certains sont déjà tombés de vieillesses. Avant d’y arriver une série de bâtiments connexes bordent la route et ensuite se dresse l’imposante cathédrale de briques rouges qui barre la route. Construit dans les années 1890 cette cathédrale et tout les bâtiments qui l’entoure formant l’abbaye sont en briques rouges. Un siècle plus tard, la qualité et la précision du travail saute aux yeux avertis. Il a du y avoir tout un nombre d’architectes, techniciens, maçons, charpentiers etc. venus d’Europe pour construire ce chef d’œuvre. Dans la plus pure tradition gothique, les nefs et voûtes s’entrecroisent à l’intérieur de la cathédrale. Des menuisiers ont fabriqués avec soins et délicatesses tout les meubles et accessoires que la liturgie catholique impose dans un noble bois tropical. Une lumière diffuse filtre à travers les vitraux aux dessins chatoyants. A l’extérieur, les briques plus ou moins enfoncées forment des motifs classiques et imposants. Au sommet du clocher, une croix domine la région et veut souligner le règne des prélats sur nos âmes…
Accolés à la cathédrale par un couloir se trouve un autre imposant bâtiment de 3 étages ou vivent les abbés. Bâti dans le même style, il regorge de caractère et cachet. Sa façade, opposée à l’entrée de la cathédrale, se dresse en direction du lac et à une vue dominante sur le lac et la Tanzanie qu’on distingue au loin. Cette façade, contrairement aux autres est construite en pierre avec des ornementations et entourages en briques rouge du plus bel effet. De la terrasse s’étend un grand jardin à la française et derrière le mur d’enceinte traversé en son milieu par une imposante arche et son portail. Dans le jardin sur une stèle une plaque gravée atteste du passage sur ce site de la « Mission scientifique Belge au Katanga le 10,11,12 Avril 1900 » et de ce point géodésique de Baudouinville, le nom colonial de Moba.
Autour de l’abbaye de nombreux bâtiments à vocations industrielles forment une enceinte fermée sur l’extérieur. Un atelier de mécanique ou divers anciens véhicules sont démontés et ne seront jamais remis en fonction, une menuiserie avec des machines simples mais robustes qui fonctionnent encore, peut-être par habitude. Dans un coin, des puits à moitiés remplis de divers produits servaient à tanner des peaux. La guerre, plutôt les guerriers ! ont emporté les bétails abondants qui se trouvaient dans les environs, notamment sur les « alpages » dans les montagnes distantes d’une centaine de kilomètres. Des troupeaux de 50'000 têtes faisaient marcher tout un pan de l’économie de cette région… Divers équipements et machines datant du début du siècle permettaient de préparer des peaux et de confectionner des articles en cuir. Des colombes vivent toujours dans un pigeonnier. Un chien berger allemand, dernier survivant pas trop dégénéré d’une ancienne meute, tourne inlassablement dans son enclos… Le dimanche pour la messe, les tambours et mélopées se juxtaposent au le jeu de l’harmonium.
Projet CICR
Le CICR réhabilite à Moba un réseau gravitaire. En Land Cruiser nous avons continués en direction des montagnes qui forment un cirque autour de Kirungu. Un ruisseau relativement propre est capté, l’eau sera d’abord décantée des particules plus lourdes avant de passer par un filtre à sable gravitaire et recevra une dose de chlore avant de commencer son long trajet vers Kirungu. Un réservoir circulaire de 200 m3 accumule l’eau durant la nuit pour permettre un plus grand débits durant la journée. Des conduites de plus gros diamètres sont posées jusqu’au réservoir tampon les anciennes conduites étant ensuite utilisée pour effectuer la descente du plateau vers Moba Port. La longueur de notre partie des travaux est de 18 km. Ces travaux en cours prendront environ 8 mois. La Regideso doit cependant commercer à faire « sa part » des choses : tirer une conduite de distribution principale à Moba et installer un certain nombre de bornes fontaines.
Moba, Vendredi 12 mai.
Merde & shit, je suis encore bloqué un week-end dans le bush. Je commence en en avoir ras-le bol de cette vie sans distraction. Bon, ce n’était pas la faute du CICR cette fois, mais bien de la météo : alors que la saison des pluies est censée être terminée, il vient de pleuvoir beaucoup depuis 3 jours. Bien que la pluie avait cessé à l’heure de l’arrivée de l’avion, les nuages restaient bas et épais. On l’a aperçu dans une trouée de nuages avant de le voir reprendre de l’altitude et s’éloigner en direction de Lubumbashi. Vraiment frustrant de voir « son » avion s’éclipser comme cela. Je comprend les pilotes, car Moba est entouré de montagnes ; la semaine passée un avion (de plus) c’est encore encastré dans une montagne au nord de Goma, 2 morts, pas de survivants.
Un message radio vient de nous annoncer que l’avion reviendra lundi vers 11h00, nous passerons une nuit à Bukavu pour redescendre sur Lubumbashi mardi.
Kalémie, mardi 17 mai.
Je ne suis pas encore à Lubumbashi, mais j’ai quitté Moba !
Grosse frayeur lundi matin à Moba ; il fait une météo à ne pas mettre un chat dehors, ni un avion dans notre arène montagneuse sans visibilité. Un contact vers 10h00 avec AirOps (le centre des opérations aérienne CICR) nous informe que le départ de l’avion est retardé à Lubumbashi pour des questions de remplissage de carburant. Très bonne nouvelle, vu qu’il viendra maintenant plus tard, avec un peu de chance, la pluie cessera et les nuages se lèveront. Ce qui se fit ,car nous pures partirent vers 16h00 mais comme il était maintenant trop tard pour continuer sur Bukavu, l’avion c’est posé sur Kalémie ou le CICR possède un bureau. Aujourd’hui il fait une boucle sur Bukavu, Punia, Kindu, Anchoro avant de revenir (théoriquement !) se poser ici pour la nuit. C’est seulement demain que nous partirons pour Lubum.
Si et quand vous recevrez ce message c’est que je suis finalement bien arrivé à Lubumbashi !


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