Kisangani
Au niveau du CICR, la province du Maniema est gérée depuis Kisangani. Afin de mieux faire connaissance avec nos activités et collègues de ce bureau, je suis venu pour quelques jours ici. Départ jeudi de Kindu, par le Beechcraft de Red petit avion bimoteur (turbo-prop d’environs 18 passagers ayant une vitesse de croisière de 180 nœuds pour les connaisseurs !). C’est un vol d’environ 1 heure, mais en cette saison, la couverture nuageuse est importance ce qui fait que malheureusement, à part au décollage et atterrissage, l’on ne voit pas grand-chose au sol.
Près de agglomérations, il faut cependant constater que la pression démographique entraîne une nette pression sur la forêt primaire qui recule de plus en plus pour faire place à des zones déboisées. Phénomène classique, ce défrichement et brûlis est rapidement abandonné après quelques années le sol étant appauvri, et il faut donc recommencer l’opération plus loin dans la forêt. Ce cycle infernal (qu’on retrouve aussi en régions de savanes) doit être changé pour éviter une déforestation trop importante de ce continent. Un effort global de sensibilisation doit être fait pour que ces populations apprennent à planter des légumineuses et à respecter un certain cycle de plantations pour ne pas appauvrir le sol de ses éléments constitutifs essentiels. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le sol de la foret tropical n’est pas aussi « riche » qu’on pourrait croire, souvent il est même assez sablonneux et ne consiste pas en de grandes épaisseurs de terres arables.
Le long du fleuve somnolent, à une douzaine de kilomètres de la ville s’étend l’aéroport. Là comme sur le tarmac des autres aéroports du Congo l’on est plongé dans un autre monde. La plupart des avions sont divers modèles d’Iliouchine ou d’Antonov russe en état de vol plus ou moins rassurant. Ces avions sont connus pour leur robustesse et simplicités techniques ce qui les rends appropriés à ce genre de contexte. La plupart de ces avions sont pilotés par des russes, ukrainiens et consorts qui les ont rachetés lors du démantèlement de l’Union soviétique. La maintenance se fait quand et où on peut, donc on voit souvent des appareils au sol avec divers travaux en cours. Leurs moteurs d’une autre époque sont bruyants et dégagent de belles colonnes de pollution, particulièrement au décollage. Beaucoup de ces avions sont déclassés de l’armée de l’air et ont donc encore leurs tourelles de mitrailleurs, soit à l’avant, de coté et/ou l’arrière de la carlingue. Par leur conception, ils sont particulièrement bien adaptés à atterrir sur des pistes de fortune et possèdent tous sous la partie inférieure arrière de leur fuselage une rampe qui permet de charger et décharger des véhicules ou du matériel sans assistance d’engins au sol spécifiques (dans le même style que les avion cargo Hercules). Tout récemment pour des raisons de sécurité, il semble que l’aéroport d’Entebbe en Uganda refuse de les laisser atterrir ce qui pose des problèmes supplémentaires ici au Congo car tout le monde avait pris l’habitude de chercher leur cargo là bas. Donc, des camions apportent toutesorte de marchandises sur le tarmac, ces sacs de farine, cartons de savons, cageots de bière sont relayés par une chaîne humaine jusque dans l’avion. A coté, des passagers attendent que tout soit terminé pour prendre place à bord. Sur un autre avion, des mécaniciens font de la maintenance.
Toute une zone est réservée à la Monuc (Force des Nations Unies au Congo). Leurs avions souvent sous contrat à des compagnies russe, sont peints en blanc avec un grand UN peint en noir sur le fuselage. Les opérations sont mieux organisées dans cette zone car la Monuc a fait venir un minimum d’engins de manutention et de sécurité.
Quelqu’un du CICR m’attend avec l’usuel Land Cruiser blanc avec ses grands autocollants « Croix Rouge – Genève ».
Sur la route goudronnée qui mène en ville des gens à pied ou en vélo vont et viennent à leurs occupations. Les maisons bordant la route, ont cet aspect typique de la région étant construite en pisé sur une ossature bois avec des toits en chaume. Elles possèdent souvent des espaces ajourés sous la toiture pour permettre l’évacuation de la chaleur car le climat est chaud et humide.
Graduellement, les maisons et bâtiments se font plus imposants les routes plus larges et avec des grands carrefours, nous arrivons en ville. Kisangani, la capitale de la Province Orientale, est composée de six communes situées sur les 2 rives du fleuve Congo. Ville diamantaire et aurifère, sans compter les autres minerais, sa population (les Boyomais) est d’environ 800'000 habitants. Vu le climat, il y règne une certaine nonchalance compréhensive. Certains magasins ou bureaux ont repeint leur façade, d’autres attendent encore des jours meilleurs. Des panneaux publicitaires vantent tels bières ou tel réseau de téléphone cellulaire. Comme la ville est plate c’est aussi le ville des « Toleka » les vélos taxis qui emmènent les gens à leurs destination. Quelques cafés, restaurants et hôtels de divers standing sont bien entendu aussi présents en ville. Un grand marché bordé de magasin est aussi au centre ville.

