Voyages & Aventures

10 October 2005

Kisangani

Au niveau du CICR, la province du Maniema est gérée depuis Kisangani. Afin de mieux faire connaissance avec nos activités et collègues de ce bureau, je suis venu pour quelques jours ici. Départ jeudi de Kindu, par le Beechcraft de Red petit avion bimoteur (turbo-prop d’environs 18 passagers ayant une vitesse de croisière de 180 nœuds pour les connaisseurs !). C’est un vol d’environ 1 heure, mais en cette saison, la couverture nuageuse est importance ce qui fait que malheureusement, à part au décollage et atterrissage, l’on ne voit pas grand-chose au sol.

Près de agglomérations, il faut cependant constater que la pression démographique entraîne une nette pression sur la forêt primaire qui recule de plus en plus pour faire place à des zones déboisées. Phénomène classique, ce défrichement et brûlis est rapidement abandonné après quelques années le sol étant appauvri, et il faut donc recommencer l’opération plus loin dans la forêt. Ce cycle infernal (qu’on retrouve aussi en régions de savanes) doit être changé pour éviter une déforestation trop importante de ce continent. Un effort global de sensibilisation doit être fait pour que ces populations apprennent à planter des légumineuses et à respecter un certain cycle de plantations pour ne pas appauvrir le sol de ses éléments constitutifs essentiels. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le sol de la foret tropical n’est pas aussi « riche » qu’on pourrait croire, souvent il est même assez sablonneux et ne consiste pas en de grandes épaisseurs de terres arables.

Le long du fleuve somnolent, à une douzaine de kilomètres de la ville s’étend l’aéroport. Là comme sur le tarmac des autres aéroports du Congo l’on est plongé dans un autre monde. La plupart des avions sont divers modèles d’Iliouchine ou d’Antonov russe en état de vol plus ou moins rassurant. Ces avions sont connus pour leur robustesse et simplicités techniques ce qui les rends appropriés à ce genre de contexte. La plupart de ces avions sont pilotés par des russes, ukrainiens et consorts qui les ont rachetés lors du démantèlement de l’Union soviétique. La maintenance se fait quand et où on peut, donc on voit souvent des appareils au sol avec divers travaux en cours. Leurs moteurs d’une autre époque sont bruyants et dégagent de belles colonnes de pollution, particulièrement au décollage. Beaucoup de ces avions sont déclassés de l’armée de l’air et ont donc encore leurs tourelles de mitrailleurs, soit à l’avant, de coté et/ou l’arrière de la carlingue. Par leur conception, ils sont particulièrement bien adaptés à atterrir sur des pistes de fortune et possèdent tous sous la partie inférieure arrière de leur fuselage une rampe qui permet de charger et décharger des véhicules ou du matériel sans assistance d’engins au sol spécifiques (dans le même style que les avion cargo Hercules). Tout récemment pour des raisons de sécurité, il semble que l’aéroport d’Entebbe en Uganda refuse de les laisser atterrir ce qui pose des problèmes supplémentaires ici au Congo car tout le monde avait pris l’habitude de chercher leur cargo là bas. Donc, des camions apportent toutesorte de marchandises sur le tarmac, ces sacs de farine, cartons de savons, cageots de bière sont relayés par une chaîne humaine jusque dans l’avion. A coté, des passagers attendent que tout soit terminé pour prendre place à bord. Sur un autre avion, des mécaniciens font de la maintenance.

Toute une zone est réservée à la Monuc (Force des Nations Unies au Congo). Leurs avions souvent sous contrat à des compagnies russe, sont peints en blanc avec un grand UN peint en noir sur le fuselage. Les opérations sont mieux organisées dans cette zone car la Monuc a fait venir un minimum d’engins de manutention et de sécurité.

Quelqu’un du CICR m’attend avec l’usuel Land Cruiser blanc avec ses grands autocollants « Croix Rouge – Genève ».
Sur la route goudronnée qui mène en ville des gens à pied ou en vélo vont et viennent à leurs occupations. Les maisons bordant la route, ont cet aspect typique de la région étant construite en pisé sur une ossature bois avec des toits en chaume. Elles possèdent souvent des espaces ajourés sous la toiture pour permettre l’évacuation de la chaleur car le climat est chaud et humide.

Graduellement, les maisons et bâtiments se font plus imposants les routes plus larges et avec des grands carrefours, nous arrivons en ville. Kisangani, la capitale de la Province Orientale, est composée de six communes situées sur les 2 rives du fleuve Congo. Ville diamantaire et aurifère, sans compter les autres minerais, sa population (les Boyomais) est d’environ 800'000 habitants. Vu le climat, il y règne une certaine nonchalance compréhensive. Certains magasins ou bureaux ont repeint leur façade, d’autres attendent encore des jours meilleurs. Des panneaux publicitaires vantent tels bières ou tel réseau de téléphone cellulaire. Comme la ville est plate c’est aussi le ville des « Toleka » les vélos taxis qui emmènent les gens à leurs destination. Quelques cafés, restaurants et hôtels de divers standing sont bien entendu aussi présents en ville. Un grand marché bordé de magasin est aussi au centre ville.

09 October 2005

Usine dans la jungle

Tout va bien ici, la vie continue à son rythme et avec la saison sèche il fait quand même moins chaud et humide que quand je suis arrivé. –Le thermomètre que Denise m’a envoyé oscille entre 25 et 30 degrés dans la maison.

Me voici de retour à Kindu après une petite visite à Punia. La date de départ avait été repoussée d’un jour à la dernière minute (maintenance d’avion) et l’arrivée sur la piste en terre battue avec la forêt dense juste à coté me donnait l’impression de finalement arriver dans le « vrai » Congo. Une route en terre de 12 km, va de l’aérodrome à la ville.

Après m’avoir déposé, l’avion a continué sur Kisangani pour chercher un « Field Officer » WatHab et 2 motos + 2 chauffeurs de moto car il n’y a qu’une poignée de voitures à Punia. J’avais organisé avec un ONG ayant une base sur place qu’elle nous aide avec la logistique ainsi une voiture a pu nous emmener en ville (faire un premier tour de la Regideso) avant de retourner à l’aérodrome chercher les autres. Le FO et moi avons aussi pu utiliser leur guesthouse ce qui était plus sympa que les chambres de pères catholiques à la mission où l’on allait pour les repas et où je me suis pris une bonne diarrhée le dernier soir.

Punia est un gros village bien que le centre d’une région administrative. Dans un lointain passé colonial une importante société minière avait fait prendre de l’importance à la ville, mais les divers bâtiments en ruines ne sont que l’ombre d’un passé prospère et riche. Comme c’est toujours une région minière (diamant, or, coltan), mais exploitée manuellement et d’une manière artisanale beaucoup de gens (20'000-30’000 ?) vivent dans la forêt et charrient des centaines de tonnes de terre à la recherche de ces richesses.

Il y a une grande rue principale, avec quelques magasins en dur, une zone « marché » avec des étalages de vendeurs, et derrière cette rue des habitations en matériaux locaux. Les bâtiments administratifs et un centre de santé sont situés un peu en retrait. Des jolies fresques ornent la devanture de plusieurs comptoirs d’achat de diamant et d’or.

Etonnamment il y a une grande antenne de téléphone cellulaire et les mobiles fonctionnent parfaitement !

Le lendemain matin nous avons fait le tour des installations pour vérifier que les travaux prévus et le matériel déjà commandé correspondait bien à la réalité des besoins. –ce qui est heureusement le cas !

Comme le courant électrique pour les pompes provient d’une centrale hydro-électrique de cette défunte société minière, nous avons aussi organisé une sortie sur place pour vérifier la fiabilité de cette source énergétique.

Notre équipe de motos prend donc ce qui fut une route et qui est maintenant une piste enduro de moto pour s’enfoncer 18 kilomètres dans la forêt primaire, avec donc les branches des arbres qui recouvrent souvent le chemin et cachent le ciel. Cette région est couverte de collines, donc on monte et descend pas mal. Nous traversons des rivières sur de ponts qui étaient jadis excellents, mais dont il ne reste plus que des travées d’acier sur lesquels sont vaguement posées quelques planches et sticks de bambou pour servir de passage. Comme c’est aussi un accès de Punia, nous croisons nombre de vélos surchargés à maximum : depuis la ville ils emmènent en forêt des vivres, et au retour sont chargé de cassitérite ou de coltan. Pour l’or ou les diamants c’est moins lourd !

A une croisée de chemins, donc dans cette ambiance feutrée ou la lumière ne pénètre que partiellement, sous une petite ossature de bois recouverte de feuille se trouve un MacDonald. Well, pas exactement un Mac Do mais son équivalent « fast food » dans la jungle. Un petit restaurant de fortune avec une fumée qui s’échappait sous les casseroles préparait le traditionnel Foufou congolais et son accompagnement de légumes et viandes. Les voyageurs avaient posés leurs vélos surchargés à coté et mangeaient une morse avant de continuer leur dur labeur. C’était vraiment trop génial !

Alors que nous avancions, le ciel se chargeait de nuages foncés et ce n’était plus qu’une question de savoir si l’orage allait commencer avant ou après notre arrivée sur place. Ouf, on l’échappa belle, ce fut exactement au moment où nous arrivions à l’ancienne maison du directeur quelques centaines de mètres avant l’usine, que les nuages laissèrent échapper leurs torrents de pluies. Dans un terrain à moitié reconquis par la végétation, cette belle bâtisse résistait aux temps, fière et irréductible. Construite dans les règles de l’art, avec de bons matériaux, elle était là, vestige d’une époque révolue. La grande « barza » servit de couvert pour les motos, car ce qui restait du garage (ou avait été parqué en son temps de rutilantes berlines…) était presque entièrement recouvert par la végétation.

Dans le salon, la cheminée en briques apparentes était intacte, les plafonds finement taillés dans du bois dur n’avaient pas bougé. Un table et un canapé pur style des années 50 étaient là, intacts, ce bois rouge et dur résistant aux assauts du temps, de la chaleur, de l’humidité et des insectes. Sous l’effet de ces trombes d’eau, j’entendis ces pierres me parler, ces murs me faire revivre l’écho des rires et jeux des enfants belges qui avaient vécu et joué, puis les voix et danses des congolais qui avaient pris possession des lieux jusqu’aux hurlements des habitants craignant les exactions faites à chaque incursion des Mayi-Mayi, ces bandits des grand chemins (des grandes forêts !) issus des récentes guerres et tribulations du Congo…

Presque 1 heure plus tard, l’orage cessa et nous avons pu nous diriger vers l’usine. Tapie dans une vallée, un grand bâtiment réceptionne une conduite forcée qui sera canalisée dans deux turbines. Les déversoirs en bétons dans la vallée ont subi le poids des années mais sont en bon état. Quand nous entrons dans cette immense halle on croit se retrouvé un siècle en arrière. Allons, n’exagérons pas car en fait elle à seulement 60 ans. D’immenses turbines et alternateurs tournent sous l’impulsion de l’eau qui s’écoule, des palans de levage sont toujours là, près à faire la prochaine révision des équipements, la salle de contrôle est luisante, les cadrans et autres appareils étant toujours en fonction depuis cette époque. Le staff, réduit à un minimum est à juste titre fier de « leur » usine qu’ils entretiennent jalousement et avec amour, en demandant uniquement que le CICR fournisse quelques éléments permettant à la deuxième turbine d’être remise en fonction. Un gros boîtier pour les freins de la turbine provient même de Suisse.

Une vision incroyable, au milieu de cette jungle, cette usine reste en fonction depuis des lustres, immune au guerres et aux assauts du temps.