Voyages & Aventures

21 December 2006

Combats au nord d'Abéché, 17 décembre 2006

Ces deux dernières semaines les "rebelles" (des opposants politiques au Président Déby qui ont leurs bases arrière au Soudan voisin) ont eu plusieurs batailles avec l'armée nationale du Tchad. Ces affrontements ont eu lieu heureusement hors des villes (Biltine, Arada, Guéréda, au nord et nord-est d'Abéché), ne faisant ainsi presque pas de blessés civils.

Vu que le terrain est semi-désertique, les troupes circulent à bord de Land Cruisers pick-up et sont très mobiles. Ces pick-up ont des moteurs 4'500 cc essence qui consomment relativement beaucoup d'essence; afin de leur donner un minimum d'autonomie, juste derrière la cabine, les militaires positionnent 2 ou 3 fûts d'essence. Pendu à l'extérieur de la cabine se trouve toute une série de SPG (self propelled grenade). Le matériel est dans le reste de la benne avec les hommes revêtus de leurs tenues camouflages dessus s'accrochant à ce qu'ils peuvent ! Sur la cabine est souvent montée une mitrailleuse légère. D'autres pick-up ont carrément scié le pare brise et la partie supérieure de la cabine pour monter dans la benne un gros canon sans recul. D'autres encore ont dans leurs bennes des orgues de Staline, les "Katushkya" qui sèment l'effroi dans les troupes adverses. Ces véhicules ont des peintures "normales" (crème ou blanc) et les soldats appliquent ensuite de la boue sur la carrosserie pour leur donner leur tenue camouflage! Comme il pleut quelques jours par an, cette méthode fort simple est rapide et efficace.

Pour se donner une contenance et montrer leur importance, ces pick-up roulent à tombeau ouvert tant en ville que sur les pistes avec pour conséquence une poussière monstre en ville et des accidents sur les routes!

Dans les derniers combats, en plus des hélicoptères de l'armée, des canons sur véhicules blindés à chenilles, des transporteurs de troupes blindés ont aussi fait leur apparition du coté de l'armée. D'autre part, le président Déby qui est aussi un militaire est venu personnellement dans la région pour diriger les opérations militaires.

Comme il n'y pas de positions "à tenir", dès que les choses vont mal pour un adversaire, il décampe et la bataille se finit faute de combattants! Les villes sont "prises" et "reprises" en jouant au chat et à la souris. Heureusement que personne ne veut se mettre la population à dos et donc dès qu'il sent le vent tourner un des adversaire part et laisse la ville à l'autre. Biltine à changer 3 fois de main en 1 semaine! Les morts sont enterrés de suite, les blessés rapatriés sur les bases arrières respectives. Pour les forces gouvernementales, ils reviennent en pick-up, hélicoptère ou avion d'abord sur Abéché et ensuite sur Ndjamena. J'ai du faire une fois l'ambulancier pour conduire les blessés de l'aéroport jusqu'à l'hôpital.

Les résultats des combats est inconnu, chacun déclarant la victoire!

Le CICR ayant pour mission de traiter les blessés de guerre, 2 équipes chirurgicales de traumatismes sont au travail, l'une à Ndjamena et l'autre à Abéché depuis une dizaine de jours. Les chirurgiens opèrent tant et mieux, des thorax, des abdomens et des membres ayant reçus des balles. MSF-Hollande est aussi ici à Abéché et "gère" les services hospitaliers d'urgence de guerre. Dès que possible les blessés repartent par avion sur Ndjamena pour être plus près de leurs familles et pour recevoir la "prime de blessé"!

Lundi 11 décembre, toute une équipe de mes collègues partait sur Biltine et Arada pour aller récupérer des blessés. Bien entendu, avant de partir le CICR avait reçu des assurances des deux camps que nous pouvions y aller sans craindre de se faire prendre entre deux feux. Des camions étaient aussi de la partie comme "ambulances". Toute l'équipe a été accueillie comme des sauveurs par la population et surtout par les blessés de guerre des deux bords. Les blessés rebelles étant "enregistrés" par le CICR (les conventions de Genève!) pour assurer qu'ils ne "disparaissent" pas ensuite. Ils ont aussi ramené une fillette qui avait été touchée par une balle perdue. Elle a pu être opéré et va bien!

Toute l'équipe médicale, mais aussi les autres, est fort occupée par cet afflux de blessés et tout ce que cela implique.

Pendant que l'équipe partait sur Biltine, je prenais l'avion pour Ndjamena car un autre problème important a récemment été identifié par le CICR. Tous ces détenus qui sont emprisonnés depuis le coup d'état manqué du 13 avril 2006, ainsi que ceux qui se font prendre à chaque escarmouche s'entassent dans des geôles dans des conditions alarmantes. Malnutrition, surpopulation carcérale, situation sanitaire (toilettes et eau) catastrophique…

Un spécialiste de nutrition est venu de Nairobi pour lancer avec mes collègues de Ndjamena un programme de compléments nutritionnels. Trois fois par jours, tous les détenus reçoivent un grand bol de potion "énergétique" pour compléter leurs rations alimentaires usuelles. Ce programme est prévu sur 6 semaines. Ma venue consistait à proposer des solutions d'urgence et à plus long terme pour l'évacuation des WC et eaux usées sur les trois sites.
D'autre part, je reviendrai sur Ndjamena plus vite pour former du personnel et pour effectuer des désinfections des locaux et des personnes.


Le 23 décembre, je compte prendre l'avion et devrais avoir 2 semaines de vacances bien méritées en Suisse!

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